Octobre 2005 - "Omerta génétiquement modifiée"

Extrait du Canard enchainé

 

L'Architecture Bioclimatique

 

"Secret industriel ! C'est l'argument désormais avancé par l'Etat pour ne pas rendre publics les résultats d'études sur l'impact sanitaire des OGM. De quoi rassurer le consommateur...

 

VOILÀ dix-huit mois, le CRII-GEN, le comité qui réunit des experts indépendants sur le génie génétique, autour de l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, s'aperçoit que certains documents de la Commission du génie biomoléculaire (CGB), organisme chargé de donner le feu vert aux OGM, qui d'ordinaire étaient rendus publics, sont désormais mis au secret : notamment, les résultats de tests réalisés par Monsanto sur des rats en leur faisant ingurgiter son maïs Bt­11 sont devenus introuvables. L'association saisit illico la Commission d'accès aux documents administratifs, la Cada pour les intimes, qui lui donne raison en avril dernier : "Les études de toxicité établies dans le cadre de l'évaluation des risques sanitaires doivent être communiquées." Qu'à cela ne tienne, le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, refuse toujours de lâcher les résultats. Est-ce parce qu'ils sont inquiétants? Ça n'est pas impossible : le CRII­GEN a en effet eu connaissance de l'existence de trois tests réalisés sur des rats avec d'autres OGM, qui ont montré des effets pour les moins désagréables : une augmentation « significative » des globules blancs chez les mâles, une baisse des globules rouges assortie d'une montée du taux de sucre dans le sang chez les femelles. Une autre étude, mené, sur le MON 863 et que Monsanto a dû rendre publique en juin dernier sous la pression de la justice allemande, est tout aussi alarmante : on y découvre qu'en consommant pendant quatre­vingt-dix jours ce maïs conçu pour résister à la chrysomèle, un coléoptère ravageur, les rats ont modifié leur formula­tion sanguine et vu augmenter le poids de leur foie et de leurs reins, avec en prime des infections de ces deux organes.

On aurait pu penser que les pouvoirs publics, grands partisans de la transparence, comme on sait, prennent des dispositions pour que le consommateur soit correctement informé. Au contraire... Juste avant de faire ses valises, Raffarin s'est fendu d'une ordonnance interdisant de rendre publics des documents obtenus par la Cada s'ils nuisent au secret industriel. Comme deux précautions valent mieux qu'une, la France vient d'intervenir pour faire modifier une directive européenne qui autorise la publi­ation des infos ayant trait aux effets sur la santé des OGM. Matignon a adressé à la Commission, le 19 septembre dernier, une note ainsi argumentée : "De telles communi­cations (...) sont susceptibles d'entacher la confiance de l'opinion publique dans le processus de gestion des risques mais également de nuire à la position concurrentielle de l'entreprise."

Quelle drôle d'idée ! La confiance de l'opinion publique est sans faille, voyons. Les OGM, on en mangerait les yeux fermés..."

 

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